Ils sont 4,7 millions. Moins qu'en Asie, moins qu'en Europe, c'est vrai. Mais nulle part ailleurs dans le monde les claviers ne claquent aussi vite. Entre 2019 et 2024, la communauté de développeurs logiciels du continent a progressé au rythme de 21 % par an, dépassant toutes les autres régions de la planète. C'est le constat central du rapport "Develop the Developers: A Strategic Priority for Africa", publié par le Boston Consulting Group.
Le chiffre impressionne d'autant plus qu'il vient corriger une idée reçue tenace : non, l'Afrique ne subit pas la révolution numérique mondiale, elle y participe activement et par endroits, elle en dicte le rythme.
Si l'Afrique du Sud, l'Égypte et le Nigéria concentrent encore les plus grands viviers de développeurs en valeur absolue, ce sont la Tunisie, le Kenya et le Maroc qui se distinguent par leur dynamisme et leur montée en puissance. Quant à l'Éthiopie et à l'Angola, ils enregistrent parmi les progressions les plus rapides du continent, partis de presque rien.
Plus troublant encore : la taille d'un pays ne préjuge en rien de sa performance numérique. Le Nigéria, fort de 237,5 millions d'habitants, comptait en 2024 moins de développeurs pour 1 000 habitants que le Kenya ou même l'île de La Réunion. La leçon est claire : ce sont les politiques publiques, les systèmes éducatifs et la conception des écosystèmes qui font la différence, pas la démographie.
Le rapport consacre un focus particulier au Maroc, et à une ville que peu auraient imaginée figurer dans un palmarès technologique mondial : Ben Guerir. Sa communauté de développeurs a été multipliée par 50 en une décennie, la propulsant parmi les plus importants centres numériques du pays, au même titre que Casablanca ou Rabat.
Le grand angle mort : les femmes
La progression est réelle, mais elle laisse une partie du continent sur le bord du chemin. La Tunisie se distingue comme leader continental avec 24 % de femmes dans sa communauté de développeurs en 2024 le taux le plus élevé d'Afrique, fruit d'une décennie d'efforts ciblés en matière d'inclusion. À l'opposé, au Maroc, la part des développeuses reste inférieure à 12 % sur la période 2015-2024, un niveau comparable à celui de l'Égypte.
Ce déséquilibre n'est pas qu'une question d'équité sociale. Dans un monde où les talents numériques sont devenus une ressource stratégique, chaque compétence inexploitée représente un manque à gagner pour les économies nationales.
Souveraineté ou dépendance : le vrai enjeu
Les capacités en développement logiciel et en intelligence artificielle deviennent des déterminants essentiels de la compétitivité à long terme soulignent les auteurs du rapport. Une affirmation qui résonne différemment dans un contexte où l'IA redessine les équilibres économiques mondiaux. Pour les pays africains, former des développeurs n'est plus seulement une question d'emploi c'est une condition de leur autonomie technologique.
Ce que nous observons sur le continent est le résultat d'investissements délibérés : politiques priorisant les compétences, systèmes éducatifs alignés sur les industries du futur, et écosystèmes conçus pour libérer les talents à grande échelle.
Source : Agence Ecofin