Diplômés, mais sans emploi : le vrai défi que doit relever l'orientation scolaire au Togo

Dans de nombreux foyers togolais, l'obtention d'un diplôme universitaire reste vécue comme une consécration : celle d'années d'efforts, de sacrifices familiaux, et de l'espoir d'un avenir professionnel stable. Pourtant, cette réussite académique ne garantit plus, aujourd'hui, une insertion professionnelle à la hauteur des attentes. Un nombre croissant de jeunes diplômés togolais se retrouvent, plusieurs années après l'obtention de leur diplôme, toujours en recherche d'un emploi correspondant à leur qualification.

Équipe ACAN
29 juillet 2026
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Cette réalité trouve en partie son origine bien avant l'entrée dans la vie active. Elle se joue dès la terminale, lorsqu'un lycéen doit choisir, en quelques semaines et sur la base d'informations souvent limitées, la filière universitaire qui déterminera une grande partie de son parcours professionnel. Faute d'un accompagnement structuré, ce choix repose fréquemment sur des critères peu fiables : la réputation d'une filière, l'exemple d'un proche, ou l'absence d'alternative connue — plutôt que sur une évaluation objective des débouchés réels.

 Un pays qui forme davantage, mais qui peine à employer

Les chiffres racontent une histoire à contre-courant de l'intuition : plus les jeunes Togolais sont diplômés, plus ils risquent de se retrouver sans emploi. Selon une étude Afrobarometer publiée en juin 2025, 46 % des jeunes togolais se déclarent aujourd'hui sans emploi et en recherche active, contre 23 à 29 % des générations plus âgées. Le taux de sous-emploi dépasse, lui, les 4Togolaisn une étude parue dans la revue Lakisa en 2025.

Interrogés sur les obstacles qui freinent leur insertion professionnelle, les jeunes Togolais citent en premier lieu le manque de formation ou de préparation adéquate (32 %), suivi de l'insuffisance d'expérience professionnelle (19 %), puis de l'inadéquation entre les formations reçues et les besoins réels du marché (14 %). Autrement dit : près d'un jeune sur deux pointe, d'une manière ou d'une autre, un problème qui trouve son origine bien avant l'entrée sur le marché du travail au moment même du choix de filière.

Ce diagnostic n'est pas propre au Togo. Le Salon international des grandes écoles de l'entrepreneuriat et des métiers (SIGEM), qui s'est tenu à Lomé en avril 2026, en a fait le thème central de sa dixième édition, réunissant universités et entreprises de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Nord autour d'une question centrale : comment transformer la formation en un véritable levier d'insertion professionnelle.

 Un choix décisif, pris avec peu de repères

En amont de cette difficulté d'insertion se trouve une décision que de nombreux lycéens togolais prennent avec très peu d'informations fiables : le choix de la filière universitaire. Faute d'un accompagnement structuré et systématique dans les établissements secondaires, ce choix repose fréquemment sur des références indirectes, l'exemple d'un proche, la réputation d'une filière, plutôt que sur une évaluation objective des débouchés réels. Or une orientation mal ajustée dès le départ contribue, quelques années plus tard, aux statistiques de sous-emploi et de diplômés sans perspective professionnelle claire.

C'est précisément cette lacune que la plateforme Orientys, développée par ACAN, entend combler. L'outil s'appuie sur les notes scolaires de chaque lycéen, matière par matière, pour générer une recommandation de filières universitaires en phase avec son profil réel, avant de le mettre en relation avec des établissements partenaires, le service étant intégralement gratuit. 

L'objectif n'est pas de se substituer à l'accompagnement humain, mais d'offrir à chaque élève, y compris ceux qui n'ont accès à aucun conseiller d'orientation, un premier repère fondé sur des données plutôt que sur des approximations.

Une contribution nécessaire, mais non suffisante à elle seule

Il convient toutefois de ne pas présenter l'orientation scolaire comme la réponse unique à la crise de l'emploi des jeunes au Togo. Les mêmes données Afrobarometer rappellent que le manque d'expérience professionnelle et l'absence de compétences entrepreneuriales pèsent tout autant que le choix de filière dans les difficultés d'insertion. Le commissaire général du SIGEM, Daniel Tito Attikpo, résumait ainsi l'enjeu lors de l'édition 2026 du salon : il ne s'agit pas de se former pour se former, mais de se former pour être opérationnel sur le marché du travail — ce qui suppose également une réforme des curricula universitaires et un rapprochement plus étroit entre les établissements et les entreprises.

Une orientation adaptée en amont ne suffit donc pas si les filières recommandées elles-mêmes restent déconnectées des besoins du marché. Elle constitue néanmoins une étape déterminante : Orienter un lycéen vers une filière pour laquelle il existe une demande réelle représente une amélioration significative par rapport à un choix fondé sur la seule réputation d'une filière. Des perspectives d'évaluation à construire

Comme pour toute initiative récente, Orientys gagnerait à disposer, à terme, de ce que les grands programmes publics togolais ont pu constituer au fil des années : un corpus de données de suivi. Le nombre de lycéens ayant utilisé la plateforme, la proportion de recommandations ayant effectivement débouché sur une inscription, puis sur une insertion professionnelle réussie, sont autant d'indicateurs qu'une évaluation indépendante et menée dans la durée permettrait de documenter, renforçant ainsi la crédibilité de l'initiative à la mesure de son ambition.

Il n'en demeure pas moins que l'existence d'un outil togolais gratuit, conçu pour le système scolaire national et destiné à des lycéens qui, pour beaucoup, ne bénéficieraient sinon d'aucun accompagnement, répond à un besoin que les indicateurs de chômage des jeunes rendent chaque année plus manifeste.

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