La Science ferme la porte aux femmes Togolaises

Dans l'enseignement supérieur, les femmes ne représentent que 35 % des étudiants inscrits dans les filières scientifiques, technologiques, d'ingénierie et de mathématiques (STEM), à l'échelle mondiale, selon le rapport Déchiffrer le code publié par l'UNESCO. Autrement dit : dans un amphithéâtre de sciences ou d'ingénierie, sur dix étudiants, environ six ou sept sont des hommes. Ce déséquilibre, loin d'être une fatalité biologique, se construit dès l'école et le Togo n'y échappe pas.

Équipe ACAN
18 août 2026
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Un écart qui se creuse avant même le choix de filière

Selon l'UNESCO, les écarts entre les genres dans l'éducation aux STEM sont déjà perceptibles dès la petite enfance et s'accentuent à mesure que les filles avancent dans leur scolarité : elles perdent progressivement leur intérêt pour ces matières et sont moins nombreuses à s'inscrire dans les filières scientifiques avancées au secondaire. Au Togo, ce constat a été relayé lors du Camp des sciences organisé en août 2025 à Kpalimé par la Commission nationale togolaise pour l'UNESCO : les stéréotypes de genre et certaines pesanteurs culturelles continuent de freiner l'accès des filles aux disciplines STEM, malgré une scolarisation féminine en nette progression ces dernières années.

Le même événement a mis en évidence un autre frein, moins souvent évoqué : les violences de genre en milieu scolaire et les grossesses précoces, qui continuent d'interrompre le parcours scolaire de nombreuses filles togolaises avant même qu'elles n'atteignent le stade du choix d'une filière universitaire.

Le rôle discret, mais réel, du manque d'orientation

Un rapport cité par le site spécialisé Les Sherpas apporte un éclairage complémentaire, valable au-delà du seul contexte togolais : le manque de conseils d'orientation et d'informations fiables pousse de nombreuses filles à écarter, dès le lycée, les filières scientifiques non pas par manque d'aptitude, mais par manque de repères sur les débouchés réels de ces filières et sur leur propre potentiel dans ces matières. Sans accompagnement individualisé, la décision se réduit trop souvent à reproduire ce qui est perçu comme « normal » pour une fille ou pour un garçon, plutôt qu'à s'appuyer sur les résultats scolaires effectifs de chaque élève.

Ce que le Togo met déjà en place

Plusieurs initiatives togolaises tentent de combler cet écart. Le Camp des sciences, à sa 7ᵉ édition en 2025, a réuni 42 lycéennes sélectionnées pour leurs excellents résultats aux examens dans les séries scientifiques, accompagnées par huit étudiantes déjà engagées dans des filières STEM, avec pour objectif d'éveiller des vocations et de renforcer la confiance en soi des participantes. Sur le terrain professionnel, le réseau Togolaises In Science (TIS), lancé en mars 2025, réunit déjà une centaine de chercheuses, ingénieures et entrepreneures togolaises, avec un objectif fixé à l'horizon 2030 : former 1 000 femmes aux compétences numériques et augmenter de 20 % la proportion de femmes togolaises dans les filières STEM.

Où une orientation fondée sur les données peut faire la différence

C'est dans cet espace entre le potentiel réel d'une élève et les stéréotypes qui l'empêchent parfois de le voir que des outils comme Orientys, la plateforme développée par ACAN, peuvent jouer un rôle. En fondant ses recommandations de filières universitaires sur les notes scolaires effectives de chaque lycéen, matière par matière, plutôt que sur des présupposés liés au genre ou à la tradition familiale, ce type d'outil offre à une élève performante en mathématiques ou en sciences physiques une recommandation objective, indépendante des freins sociaux identifiés par l'UNESCO et relayés lors du Camp des sciences.

Cela ne suffit évidemment pas, à soi seul, à combler un écart aussi profondément ancré. La confiance en soi, l'accompagnement humain, la lutte contre les violences en milieu scolaire et l'exposition à des modèles féminins dans les filières scientifiques, autant de leviers déjà activés par des initiatives comme le Camp des sciences ou Togolaises In Science, restent indispensables. Mais une recommandation d'orientation fondée sur des données plutôt que sur des habitudes peut constituer un point de départ neutre, à un moment charnière où bien des trajectoires se referment encore avant même d'avoir été envisagées.

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