Mauvaise Orientation scolaire : le rêve brisé des jeunes post universitaires

Un chiffre, à lui seul, résume l'urgence à laquelle s'attaque Orientys : Selon l'étude Afrobarometer, éducation en hausse, chômage en embuscade. L'impasse de la jeunesse togolaise (juin 2025) : 46 % des jeunes Togolais se déclarent aujourd'hui sans emploi et en recherche active, contre 23 à 29 % pour les générations plus âgées. Interrogés sur les causes de cette situation, 32 % citent en premier lieu le manque de formation ou de préparation adéquate, bien avant le manque d'expérience professionnelle (19 %) ou l'inadéquation entre formation et marché (14 %). C'est précisément sur ce premier maillon, la préparation en amont, qu'intervient la plateforme togolaise Orientys, développée par ACAN.

Équipe ACAN
18 août 2026
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Le problème : un choix décisif pris sans données fiables

Le système éducatif togolais forme un nombre croissant de bacheliers chaque année, mais l'accompagnement individualisé à l'orientation reste rare dans les établissements secondaires. Selon l'UNESCO, l'un des freins structurels à la qualité de l'éducation en Afrique subsaharienne tient à l'insuffisance des ressources et des personnels dédiés à l'accompagnement des élèves, un constat documenté dans plusieurs rapports de l'Institut de statistique de l'UNESCO sur la région. En l'absence d'un conseil structuré, le choix de filière universitaire, décision qui engage plusieurs années d'études et l'essentiel des perspectives professionnelles d'un jeune, repose fréquemment sur des repères indirects : la réputation d'une filière, l'exemple d'un proche, ou l'absence d'alternative connue.

Le Salon international des grandes écoles de l'entrepreneuriat et des métiers (SIGEM), qui s'est tenu à Lomé en avril 2026, a consacré sa dixième édition à cette même problématique, selon un compte rendu publié par AllAfrica. Le commissaire général du salon, Daniel Tito Attikpo, y a résumé l'enjeu en rappelant qu'il ne s'agit pas de se former pour se former, mais de se former pour être opérationnel sur le marché du travail.

 Ce qu'Orientys propose concrètement

Face à ce constat, Orientys, la plateforme développée par ACAN, propose un service gratuit d'orientation universitaire pilotée par l'IA, conçu spécifiquement pour les lycéens togolais et d'Afrique francophone. Son fonctionnement repose sur trois étapes : l'analyse des notes scolaires de l'élève matière par matière, la génération de recommandations de filières universitaires adaptées à son profil, puis la mise en relation avec des établissements partenaires.

Cette approche s'inscrit dans une tendance mondiale plus large. Dans plusieurs pays, des systèmes algorithmiques assistent déjà les décisions d'orientation post-bac. le cas le plus documenté étant celui de la plateforme française Parcoursup, dont l'algorithme d'affectation fait l'objet, chaque année, d'analyses et de débats publics sur son fonctionnement et son équité, notamment de la part de chercheurs et de journalistes spécialisés en éducation. La différence de fond avec Orientys tient à la finalité : là où Parcoursup gère une procédure d'affectation à l'échelle nationale, Orientys se positionne en amont, comme outil de conseil individualisé, gratuit et pensé pour un système éducatif qui ne dispose pas, à ce jour, d'un dispositif équivalent.

Une réponse partielle à un problème plus large

Il serait toutefois excessif de présenter l'orientation scolaire comme la solution unique à la crise de l'emploi des jeunes au Togo. Les données Afrobarometer citées plus haut montrent que le manque d'expérience professionnelle et l'absence de compétences entrepreneuriales pèsent également, et fortement, dans les difficultés d'insertion. Une orientation mieux ciblée en amont ne suffit donc pas si les filières recommandées elles-mêmes restent déconnectées des besoins du marché du travail, ce qui suppose, en parallèle, une réforme des curricula universitaires et un rapprochement entre établissements et entreprises, comme le soulignait le SIGEM 2026.

Elle constitue néanmoins une étape déterminante : orienter un lycéen vers une filière pour laquelle il existe une demande réelle représente une amélioration mesurable par rapport à un choix fondé sur la seule réputation d'une filière saturée.

 Une initiative encore jeune, à documenter dans la durée.

Contrairement au programme national de formation numérique lancé par le gouvernement togolais avec la startup américaine Kira Learning, largement couvert par la presse togolaise et déjà accompagné d'objectifs chiffrés (15 000 étudiants en phase pilote à l'université de Lomé, 50 000 par an à terme, selon Togo First), Orientys ne dispose pas encore d'un corpus de données de suivi rendu public : nombre d'utilisateurs, taux de correspondance entre recommandations et inscriptions effectives, ou impact à moyen terme sur l'insertion professionnelle des lycéens accompagnés. Une évaluation indépendante, menée dans la durée, permettrait de documenter ces résultats et de donner à l'initiative une crédibilité chiffrée à la hauteur de son ambition.

En attendant cette évaluation, Orientys répond, dans son principe, à un besoin que les chiffres du chômage des jeunes rendent chaque année plus visible : donner à chaque lycéen togolais, y compris ceux qui n'ont accès à aucun conseiller d'orientation, un premier repère fondé sur ses propres résultats scolaires plutôt que sur le hasard.

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